Lorsque je suis partie en retraite, j'ai entrepris une recherche généalogique.  J'avais entendu mes grands-parents paternels dire que le grand-père de mon grand-père avait été abandonné à la naissance , car son père était militaire sous Napoléon 1er, et sa mère, cantinière, et qu'ils avaient dû abandonner leur bébé , car ils partaient faire la campagne de Russie. J'ai donc voulu savoir si cette légende était vraie .

Je vous passerai les péripéties auxquelles j'ai dû m'atteler , pour rechercher la documentation (des archives de l' Assistance Publique de Paris , aux archives départementales de Saint Germain en Laye, à celles de la Somme, aux archives militaires, etc...)

Je me contenterai de vous narrer le résultat de mes recherches :

 

Louise-Antoinette Lecomte était une jeune fille de 24 ans, née en 1781, et matelassière de son état.

IMG 3Elle habitait chez ses parents, à Saint Germain en Laye.

Or un jeune homme , Etienne Deplace, né en Octobre 1780, habitant près de Lyon, avait incorporé le régiment militaire en Mars 1803, à 22 ans 1/2, après avoir été conscrit en 1801. Il est devenu cuirassier sous Napoléon 1er.

C'est le pourquoi de ma page de scrap.

 

militaire Deplace

 

Cet uniforme est celui qu'avaient alors les cuirassiers de Napoléon.

Je me suis arrangée pour que cette page renferme une "cachette" , d'où l'on peut sortir un document concernant un abandon à l' Assistance Publique, que je vais vous raconter plus loin :

Le régiment d' Etienne Deplace fut envoyé , à cette période, en garnison à Saint Germain en Laye.

Il fit la connaissance de Louise-Antoinette , et elle fut subjuguée par sa prestance (1m77, d'après son état de services), et son uniforme rutilant. Ils devinrent amants.

Louise-Antoinette fut enceinte , et, avant de partir "guerroyer" , (le pauvre, sous Napoléon 1er, les batailles, cela ne manquait pas !!!), il signa une reconnaissance de la paternité du futur bébé , le 12 juillet 1805.

IMG 4Lorsque Louise-Antoinette accoucha, le 5 janvier 1806, elle présenta cette reconnaissance de paternité , afin que son fils porte le nom de son père, Deplace.

Pendant ce temps, le militaire participait à la bataille d' Austerlitz, puis à la campagne de Prusse, et à la bataille d' Iéna, celle d' Eckmüll, et à celle de Wagram, en juillet 1809.  C'est là qu' Etienne Deplace fut blessé mortellement, et décéda le 1er Août 1809.

Je suppose que Louise-Antoinette n'a pas été prévenue, car elle n'était pas son épouse officiellement. Ce sont ses parents qu'on a prévenus.

IMG 1Elle eut une autre liaison en 1811, à la suite de laquelle elle fut de nouveau enceinte .

Elle accoucha le 6 Février 1812, d'un garçon qu'elle prénomma Etienne, et qu'elle alla abandonner à l' Hospice des Enfants Trouvés de Paris .

IMG 2Je suppose qu'elle fit alors un faux, et qu'elle se servit de la précédente reconnaissance de paternité de son beau militaire , pour lui faire porter son nom.

Or ce militaire étant décédé en 1809, il ne pouvait pas être le père de ce nouveau bébé né en février 1812 !!!!...

Pourtant, ce bébé porta officiellement le nom d' Etienne Deplace, comme sa mère l'a prétendu. A l'époque, les autorités étaient moins regardantes !!!... Légalement, il aurait dû s'appeler du nom de sa mère, Lecomte !

Je dois être la seule en France , à avoir dans mon arbre généalogique, un ancêtre , né en 1812, dont le père est officiellement décédé en 1809, c'est à dire né  3 ans après la mort de son père !!!

Pour en finir avec Louise-Antoinette Lecomte, elle se maria (cette fois officiellement)en Mars 1813 avec un dénommé Pierre David, avec qui elle eut 2 autres fils, en Juin 1813, et en Juin 1818.

Elle devint veuve à 48 ans, et elle décéda à 67 ans, à l' Hospice, seule et isolée.

 

    Revenons au bébé abandonné , qui porte le nom d' Etienne Deplace, comme celui du militaire, dont il n'est pas le fils (actuellement, l' A.D.N. le prouverait). Il fut placé par l' Assistance Publique dans une ferme à Vaux, dans la Somme , où il devint domestique de charrue. Cette ferme appartenait à Mme de Paix de Coeur (ça ne s'invente pas !). Il devait être particulièrement résistant, et en bonne santé, car ce métier était éprouvant .

A 26 ans, il eut une liaison avec une jeune fille de 17 ans 1/2, du même village de Vaux, tisseuse.

Elle aussi, décidément, fut enceinte, mais Etienne , lui, la demanda en mariage, et ils s'épousèrent en Octobre 1839.

Leur 1er enfant naquit en février 1840, puis ils eurent une fille, Amaranthe , 6 ans plus tard. (j'adore ce prénom !). Enfin, 20 ans après leur mariage, naquit leur 3ème enfant, Félix. C'est celui dont je suis issue.

Cet Etienne Deplace, abandonné à la naissance, mourut à 68 ans.

   Toutefois, son fils Félix se fit remarquer par son oncle maternel qui était instituteur, par son bon travail en classe , et ses parents lui firent poursuivre des études , afin qu'il devienne instituteur . Ce Félix Deplace devint donc instituteur .

A l'époque, les instituteurs étaient chargés de l'enseignement religieux, et devaient aussi sonner les cloches, au moment des messes .

Ensuite, après les lois de Jules Ferry, il devint instituteur public, et "hussard noir de la République".

Il n'était alors plus question de sonner les cloches à l'église !

Il se maria à 24 ans avec une jeune fille du village où il était instituteur, et eut 2 enfants , une fille, Jeanne (ma grand-tante) et un garçon, Etienne (mon grand-père), qui devinrent tous deux aussi instituteurs .

Félix devint veuf à 51 ans, et fut hébergé par sa fille, restée célibataire, jusqu'à sa mort à 74 ans.

      Son fils Etienne , n'eut qu'un fils : Roger, mon père, instituteur lui aussi, et mon père n'eut qu'une fille : MOâ .

    Voilà, la saga familiale est reconstituée.

Mon ancêtre préféré est cet enfant , né en février 1812 à l' Hospice des Enfants Trouvés de Paris , car retrouver et reconstituer sa vie fut une véritable enquête policière !!!!